La période que nous vivons nous aura au moins permis d’enrichir notre vocabulaire et mieux encore, elle fait avancer la recherche sur les troubles de l’odorat et du goût, des symptômes pas si anodins que ça. Avant, lorsqu’on avait un gros rhume, on «ne sentait plus rien». Désormais, on sait qu’on souffre d’”anosmie”. Cette dernière peut en plus être doublée d’ “agueusie» perte du goût. Mais comment faire pour retrouver son odorat et développer ses capacités olfactives ?

Du nez à la bouche en passant par le cerveau, comment fonctionne vraiment l’odorat ?

Voici ce qu’il se passe quand nous sentons…

1. Les produits odorants entrent dans les fosses nasales. 

Que ce soit par voie orthonasale (par le nez) ou par voie rétronasale (par l’arrière- gorge), les molécules odorantes présentes dans l’air ou dans ce que nous mettons en bouche remontent dans la cavité nasale jusqu’à la muqueuse olfactive, appelée épithélium olfactif. C’est la rétro-olfaction (voie rétro-nasale) qui permet de sentir les arômes de ce que l’on mange. 

2. Les odorants atteignent l’épithélium olfactif.
Les cils olfactifs qui tapissent l’épithélium olfactif  interceptent les molécules odorantes et les envoient aux récepteurs/neurones olfactifs qui  traduisent leur message chimique en message électrique,sorte de code-barre compréhensible par le cerveau.

3. Ce code-barre est alors transmis au bulbe olfactif dans le cerveau qui va en créer une carte d’identité olfactive. 

4. Cette carte d’identité parvient ensuite au cortex olfactif, siège des émotions et des comportements instinctifs.  C’est ici que se trouvent l’amygdale, qui provoque les émotions agréables ou désagréables déclenchées par l’odeur, et  l’hippocampe  qui joue un rôle essentiel dans le processus de la mémoire. Voilà pourquoi les odeurs sont reliées à nos souvenirs !

5. Le message odorant arrive au cortex orbifrontal, organe particulièrement développé chez les parfumeurs. C’est dans cette partie du cerveau que l’on prend conscience de nos sensations et que l’on peut enfin les analyser, les comprendre, leur donner un nom. Bon sang mais c’est bien sûr!

Et tout ce parcours du message olfactif ne dure pas plus d’une seconde!

Perte ou altération de l’odorat, c’est ça l’anosmie ?

Oui, c’est bien cela ! Dans la Covid-19, l’anosmie est souvent accompagnée en plus d’une perte du goût que les scientifiques nomment « agueusie ». A l’instar des arômes perçus par l’odorat, ce sont ici les saveurs (sucré, salé, amer, acide, umami) que le goût ne peut plus détecter.  S’il s’agit de symptômes fréquemment ressentis par les personnes atteintes de la Covid-19, l’anosmie peut aussi être associée à d’autres maladies, à commencer par le banal rhume. Mais attention, les mécanismes en jeu ne sont pas les mêmes dans ces deux situations.

Sachez que lorsqu’un virus classique s’attaque aux voies respiratoires supérieures ou aux sinus, il provoque un gonflement de la muqueuse, avec parfois un écoulement de sécrétions : en bref, nous avons le nez bouché et les molécules odorantes ne peuvent accéder aux récepteurs olfactifs. Dès lors, on ne sent rien.

Mais dans le cas de la Covid-19, beaucoup de patients anosmiques ont le nez parfaitement dégagé : le problème est donc différent et pourrait affecter directement les neurones olfactifs. N’hésitez pas à aller consulter pour vérifier ! Sachez qu’environ 70 % des patients présentant ce symptôme récupèrent spontanément leur odorat dans le mois suivant l’infection, voire dans les quinze jours.

Mais pour d’autres, l’anosmie peut perdurer et elle peut être psychologiquement difficile à vivre.

« Les personnes anosmiques se plaignent d’une perte de qualité de vie au niveau de la nutrition, qui est habituellement une source de plaisir », note Hirac Gurden, Directeur de recherche en neurosciences du CNRS. La perte d’odorat est aussi potentiellement dangereuse, car elle ne permet plus de repérer les odeurs de brûlé ou de gaz par exemple. Les patients « perdent aussi le contact avec tout cet environnement de vie qui est marqué par des indices olfactifs : se sentir soi-même, sentir ses enfants, sentir son parfum… », souligne-t-il. “Lorsque ce handicap perdure plusieurs mois, une dépression peut s’installer,” met en garde le chercheur. 

Un « entraînement olfactif » pour accélérer la guérison

Quand les facteurs à l’origine de l’anosmie sont liés à la maladie, aucun traitement spécifique n’existe. Mais la bonne nouvelle est qu’avec un programme de rééducation olfactive, on peut aider nos neurones à bien se régénérer. Sentir quotidiennement des odeurs familières permet à terme d’améliorer, et même de regagner, les capacités olfactives perdues. Ce training olfactif vise à stimuler les fonctions cognitives qui associent la mémoire et l’odorat.

« Le training olfactif est alors le meilleur des traitements », indique le Dr Jérôme Lechien du service ORL de l’hôpital Foch, à Suresnes.

« Je recommande à mes patients de s’entraîner à sentir les odeurs du quotidien. Si on a l’habitude de boire son café le matin, on doit s’entraîner à le sentir : on le regarde, on se concentre et on prend une grande inspiration ». Ce dernier a suivi la cohorte de patients européens Covid-19 ayant, pour 85 % d’entre eux, retrouvé leur odorat au bout de deux mois.

« On commence le premier mois par quatre odeurs, puis on change le ou les mois suivant(s), précise le Pr Philippe Rombaux, chef de ce service ORL des Cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles. Certains patients se sont équipés de jeux de société de type “Loto des odeurs” ou “Le nez du vin”. Mais on peut tout à fait se tourner vers les épices, les huiles essentielles. L’important, c’est de réunir des odeurs variées permettant une stimulation olfactive large : du fruité, du floral, du boisé… »

Autre jeu conçu pour stimuler sa mémoire olfactive, Le Livre-Jeu Olfactif Master Parfums:  développé par Anne-Laure Hennequin, experte en formation parfum, le jeu contient un quiz de 120 questions avec des défis olfactifs, et 12 crayons parfumés. On peut dans un premier temps s’amuser à reconnaître les facettes olfactives encapsulées dans les crayons (agrume, florale, boisée, épicée etc…), puis petit à petit, creuser davantage en essayant de détacher des ingrédients utilisés dans chaque facette (rose, framboise, lavande, santal…).  Et quand on aura gagné en aisance olfactive, on pourra même esquisser des parfums en associant des lignes parfumées sur un papier mouillette.

Voilà de quoi stimuler votre système olfactif de façon ludique tout en vous instruisant, et faire un pied de nez à l’anosmie!